-->

mercredi 12 avril 2017

Chanson Douce

CHANSON DOUCE - LEILA SLIMANI - NOTE : 4/5




Résultat de recherche d'images pour "chanson douce goncourt image"Editions Gallimard

Drame, Psychologie

ISBN : 2070196674

Prix : 18€

"Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame. 

À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. 

Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant."

Quand on s’attaque à un gros poisson comme celui-ci, il y a deux possibilités : garder son avis pour soi afin d’éviter les retours incendiaires de puristes, ou assurer sa position par de solides fondations et une connaissance irréprochable du genre. N’ayant pas la prétention de ces derniers, j’ai choisi la troisième possibilité : vous parler du prix Goncourt 2016 tel que je l’ai ressenti en tant que simple lecteur, et vous demander votre avis. Quoi ? Je n’avais pas mentionné de troisième possibilité ? Vous ne vous y attendiez pas ? Décidément, l’imprévisibilité de Leïla Slimani est contagieuse.


Car en effet, Chanson douce est véritablement impondérable. Comme de nombreuses critiques ont déjà pu le mentionner, la plume dure, sèche et froide de ce drame nous entraîne sans attendre, dès le premier chapitre, dans ce qui semble être une descente en enfer. Et pourtant, même si le fond du puits est aperçu dans les premières pages, ses parois sont parsemées d’embûches et de bouleversements qui vous surprennent tout au long de votre chute.

Pour moi, cette chute n’a duré qu’une matinée, tant je me suis laissé emporter par l’histoire de Louise, cette nounou qui pourrait être celle de mon enfance. L’intrigue, ou plutôt devrais-je dire « les intrigues » vu le nombre de controverses soulevées par ce roman, est décrite de sorte à ce qu’elle vous donne l’impression de se dérouler à côté de chez vous, même lorsque vous habitez à plus d’un millier de kilomètre de Paris. Je n’aurais pas été surpris que mes nouveaux voisins s’appellent Myriam et Paul. Les faits semblent tellement réels, communs à n’importe qui. Vous savez, ce genre de sujet que tout le monde est au courant mais dont personne n’ose parler. Leïla l’a fait. Discrimination des classes, racisme, préjugés, argent, malaises, elle décrit merveilleusement bien les boulets traînés par notre société, sans y prêter aucun jugement. Ne tombant pas dans le pathos, elle décrit les choses dans leur contexte, laissant la réflexion au lecteur.

C’est ce rappel constant à la réalité, souvent implicite, qui fait que la trame de cette histoire fonctionne si bien. Les phrases sont construites subtilement, de sorte à en dire peu mais à en suggérer beaucoup : ce livre est une véritable litote à part entière. Le message intra-lignes se ressent surtout dans les dialogues, dans lesquels le regard des intervenants ainsi que leurs sentiments sont marqués d’autant plus par les moments de silences plutôt que par une description omnisciente trop poussée. Ces silences racontent cette tragédie dont ils sont également responsables.

La décadence de Louise prend place dans un monde ou tout paraissait si bien, si parfaitement engrené. La pitié est omniprésente dans ce récit : pour les parents, pour les enfants, pour la nounou, ainsi que n’importe quel personnage s’invitant au décor. A un tel point que certaines scènes deviennent trop exagérées et tombent parfois dans le cliché. C’est la principale déception que j’ai pour ce roman. Les choix faits par Louise, le personnage principal, semblent quelquefois absurdes, dénudés de sens. Je me suis souvent demandé « Mais… pourquoi ?! ». Cela s’avère être voulu par l’auteure, mais je n’ai toujours pas trouvé les raisons de cette décision scénaristique (Peut-être la trouverez-vous ?)

En somme, Chanson douce est une histoire « simple », mais dont la mise en place est beaucoup plus complexe que ce qu’elle laisse deviner aux premiers abords. Acheté sur un coup de tête à l’aéroport, ce roman ne m’a pas déçu, et mérite amplement son prix Goncourt. Je recommanderai ce livre pour des lecteurs avertis, peu retissant face à un style très dur qui force à se poser des questions sur sa propre condition de vie. J’ajouterai également que ce livre m’a beaucoup fait pensé au thriller de Catherine Fradier, La colère des enfants déchus, par son style mais aussi par les sujets difficiles dont il traite.



Votre Chroniqueur :




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire